La visibilité comme acte de reconnaissance
© Kenza Wadimoff

La visibilité comme acte de reconnaissance

Teresa Vena 19 septembre 2025

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L’actrice mexicano-américaine Salma Hayek est aujourd’hui l’une des mieux payées de sa profession. Pourtant, son ascension n’a pas été facile. Lorsqu’elle a postulé pour un rôle dans un film de science-fiction, on lui a répondu : « Qu’est-ce qu’une Mexicaine irait faire dans l’espace ? »

Dans son livre « Reel Inequality : Hollywood Actors and Racism », Nancy Wang Yuen montre brillamment comment l’industrie cinématographique a été guidée dès le début par une vision du monde qui définit la norme comme patriarcale, blanche et occidentale. Dans les années 1920 et 1930, les personnes à la peau sombre ou d’autres ethnicités étaient incarnées à l’écran par des acteur·trice·s blanc·he·s, grimé·e·s ou déguisé·e·s. Leurs rôles s’inscrivaient toujours dans un contexte dénigrant. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire qu’une telle pratique n’est plus acceptable.

Ce n’est qu’un demi-progrès : si les protagonistes sont enfin interprété·e·s par des personnes des ethnies concernées, ils et elles restent malgré tout enfermé·e·s dans d’autres clichés racistes. « Trop de Latinos », « trop d’Afro-Américain·e·s » ou « trop d’Asiatiques » sur une liste de distribution pourraient irriter le public. Cette attitude ignore non seulement la part réelle de ces groupes au sein de la population américaine, mais aussi leur rôle en tant que public particulièrement passionné de cinéma et de séries télévisées. Sur le plan du marketing, il y aurait pourtant beaucoup à gagner. Certains studios l’ont d’ailleurs compris depuis longtemps et composent leurs distributions avec plus de diversité. On voit également apparaître de plus en plus de séries, comme « Beef », « Deli Boys » ou « How to Get Away with Murder », avec des distributions diversifiées, et qui atteignent pourtant leur public dans le monde entier.

Beaucoup de choses ont évolué ces dernières années, mais pas tant que ça finalement. En essayant de bien faire, un fabricant allemand de fromage, Milram, a croulé sous les commentaires racistes et les appels au boycott après avoir lancé des emballages avec des visages de personnes racisées. À l’inverse l'horologier suisse a sorti sur le marché chinois, très lucratif, une publicité avec un mannequin qui tire sur ses yeux. Un geste qui se moque ouvertement des personnes asiatiques – et tout le monde le sait.

Si l’on s’attarde sur les discussions en ligne, par exemple un studio envisage de caster une actrice racisée pour jouer Ariel la petite sirène, on a l’impression que c’est la fin du monde… Les réactions face à un film comme « Slanted » d’Amy Wang, dans lequel une jeune fille d’origine chinoise grandit aux États-Unis et rêve de devenir reine du bal de fin d’année, seront donc très intéressantes à observer. Elle est convaincue que seule une personne blanche aurait une chance d’y parvenir – et décide de passer sous le scalpel. Le sujet montre clairement une chose : les images influencent la perception que chacun·e a de soi-même.

La Suisse aussi connaît ce type de débats. Pour les acteur·trice·s concerné·e·s, il reste cependant difficile de s’exprimer ouvertement sur le sujet sans risquer d’être perçu·e·s comme « difficiles ». Circule également l’idée que « l’inclusion et la diversité » coûteraient cher. Ne s’agit-il pas juste d’un préjugé ? Ou d’un manque de motivation ? Jusqu’à présent, la Suisse collecte des données sur la diversité et l’égalité, mais il n’existe pas de réglementation contraignante. Des initiatives comme celle du Migros Story Lab, où les requêtes sont soumises de manière anonyme, sont porteuses d’avenir.

Il est déjà assez difficile de garantir aux femmes leur juste place, devant comme derrière la caméra. Les rôles de plus de 40 ans sont, chez nous aussi, nettement moins souvent attribués à des femmes qu’à des hommes. Les femmes continuent d’accepter des budgets inférieurs pour des projets comparables, l’accès à certains métiers du cinéma leur reste difficile, elles sont moins souvent invitées dans des festivals de films, et en moyenne elles gagnent entre 8 et 17 % de moins que des hommes occupant les mêmes postes. C’est ce que montrent les données collectées par l’Office fédéral de la culture et d’autres grands organismes de financement en Suisse. Mais les mesures ou les directives obligatoires pour les productions et institutions restent timides. Cinéforom vient tout juste de signer avec des membres du secteur une charte qui vise à sensibiliser les employeurs et qui contient aussi des lignes de conduite en cas d’abus sexistes, sexuels ou de mobbing. Il en faut cependant bien davantage. Quotas, primes ou autres incitations ? En tout cas, les chiffres stagnent clairement. L’exemple de l’Autriche montre pourtant que des incitations ciblées fonctionnent.

Teresa Vena
Corédactrice en chef

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