La nécessité, mère de l’invention
Image générée par Robert Rodriguez avec l’IA Midjourney.

La nécessité, mère de l’invention

Teresa Vena 22 mai 2025

Le cinéaste américain Robert Rodriguez, anticonformiste revendiqué, défend un cinéma affranchi des conventions académiques et mise sur des films d’action rentables, en impliquant ses fans dès le départ. En Suisse, Andreas Thiel incarne une même liberté de ton.

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Bravache et humble à la fois, Robert Rodriguez dégage aussi une sorte d’enthousiasme enfantin qui explique indéniablement son succès auprès de ses fans. Le cinéaste est pour ainsi dire chez lui au festival South by Southwest (SXSW), à Austin, ville dont il est originaire. C’est souvent là que sont projetés ses films en avant-première. La plupart ont d’ailleurs été tournés sur place, dans son studio, ce qui lui vaut d’être considéré comme un pilier de la scène cinématographique locale. Il est aussi admiré pour ses méthodes de travail innovantes, qui contournent les structures des grands studios hollywoodiens. « Quand on vit en dehors du système, on pense en dehors de lui », a-t-il d’ailleurs déclaré en ouverture de la présentation en mars de sa nouvelle société, Brass Knuckle Films.

Robert Rodriguez entretient un dialogue étroit avec ses fans. Il sollicite leur feedback pendant la postproduction et ne manque jamais de figurant·e·s : « Il y a toujours quelqu’un qui rêve de se faire tuer dans un de mes films. Plus la mort est extravagante, mieux c’est. » À l’avenir, il souhaite les impliquer dès les premières étapes de création, en leur proposant par exemple de soumettre leurs propres idées de films. Il s’engage à en réaliser une dans un délai donné. Il compte également transformer ses adeptes en investisseur·euse·s, dès un montant à quatre chiffres, avec participation aux bénéfices en cas de succès. Ce modèle n’a rien de nouveau : plusieurs sociétés de production expérimentent déjà avec ce type de financement participatif, notamment en ligne. Simon Jaquemet a par exemple lancé electric.film, et Kevin Smith a testé le concept pour « Clerks III » (lire CB 540). Robert Rodriguez, lui, croit fermement au potentiel commercial de cette approche.

Produire à moindre coût

Le réalisateur mise sur les films d’action, un genre en plein essor : « Netflix en redemande, les distributeurs aussi, affirme-t-il. Mais les grands studios ne savent pas produire des films d’action à moindre coût. » Ni le système hollywoodien, ni l’industrie du cinéma plus généralement ne se prêtent vraiment à une production économe. « Les équipes sont beaucoup trop nombreuses, on engage des spécialistes à tout bout de champ. » Dans son livre « Rebel Without a Crew », Robert Rodriguez raconte comment il a réalisé son premier long métrage, « El Mariachi », en assurant à lui seul le scénario, la production, la réalisation, la caméra, le montage et la musique. Le film lui a coûté en tout et pour tout 7000 dollars, surtout pour du matériel technique.

« Quand c’est ton argent, tu fais beaucoup plus attention à la façon dont tu le dépenses », affirme-t-il. Les défis techniques ou financiers ont toujours stimulé sa créativité. « Quand on s’y connaît en prise de vue et en montage, en tant que réalisateur, on peut non seulement affiner davantage son scénario, mais aussi organiser le tournage de façon plus efficace, ce qui évite d’avoir à retourner des scènes. » Au fil des 30 dernières années, il a réuni autour des Troublemaker Studios une communauté fidèle à son approche autodidacte. En sont issues des productions virtuelles novatrices, « Sin City » ou « Spy Kids 3 », qui ont même été tournées en 3D.

“Ce n’est pas grave si tous les films ne sont pas des chefs-d’œuvre. Ce qui compte, c’est l’ensemble. On apprend de ses échecs, et l’essentiel, c’est la pratique. ”
Robert Rodriguez

Pratique et persévérance

Cela fait longtemps que Robert Rodriguez travaille avec des budgets de plusieurs millions, bien qu’ils restent largement inférieurs à la moyenne hollywoodienne. Plusieurs de ses idées ont débouché sur des séries de films lucratives. Souvent boudés par la critique, ce sont des succès populaires, dont certains ont même fini par acquérir un statut culte. « Ce n’est pas grave si tous les films ne sont pas des chefs-d’œuvre. Ce qui compte, c’est l’ensemble. On apprend de ses échecs, et l’essentiel, c’est la pratique. »

Cette autonomie et cette audace caractérisent également le Suisse Andreas Thiel, qui a réalisé son premier film en 2024, « Kalbermatten », sans liens avec l’industrie ni expérience préalable. Grâce aux actionnaires de la société de production qu’il a créée spécifiquement pour ce projet, il a réuni un budget de 6 millions de francs, dont environ 3 millions en prestations en nature. « L’expérience m’a appris qu’une équipe motivée vaut tou·te·s les spécialistes ; ce qu’il faut, c’est prendre plaisir à trouver soi-même des solutions à des problèmes complexes. » Thiel est en train de monter son propre studio afin de réduire les coûts de son prochain film, qui entrera en production cet été. Comme quoi cette énergie d’outsider peut être une source d’inspiration.

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