Diana Bolzonello Garnier: «Sans visibilité médiatique, un film peut passer inaperçu»
Depuis plus de vingt ans, l’attachée de presse accompagne la sortie de films en Suisse romande, dans un paysage médiatique en pleine mutation.
Adrien Kuenzy 10 janvier 2025
Entre les ambitions artistiques de Claude Barras et les exigences du marché, « Sauvages » a nécessité une stratégie promotionnelle réfléchie. Le producteur Nicolas Burlet et le distributeur Mischa Schiwow nous expliquent.
La promotion d’un film d’animation suisse tel que « Sauvages », réalisé par Claude Barras, constitue une étape complexe. Nicolas Burlet, producteur chez Nadasdy Films, souligne la nécessité des premières actions de communication, initiées dès le tournage. « Nous avons organisé des visites des plateaux en Valais, qui ont attiré environ 5000 personnes. C’était une opportunité de valoriser notre travail, mais ce genre d’initiative ne garantit pas une affluence durable en salle un an plus tard. » La production, réalisée avec du stop motion, a mobilisé 19 plateaux, dont un spécifiquement aménagé pour accueillir les visiteur·euse·s. Toutefois, maintenir l’intérêt du public a nécessité une analyse approfondie et une stratégie claire. « Il fallait offrir une promesse d’émotion et de divertissement tout en véhiculant les messages portés par l’histoire, ajoute Nicolas Burlet. Cette double exigence est loin d’être évidente à transposer dans une campagne promotionnelle. »
Mischa Schiwow, distributeur chez Frenetic Films, insiste sur le rôle déterminant du positionnement dans l’ensemble des choix liés à la promotion. « Nous nous sommes interrogé·e·s sur la manière dont le film devait être présenté : comme un récit engagé sur l’écologie, un film familial ou une œuvre de divertissement grand public. Finalement, nous avons exploité chaque dimension. Ce questionnement a influencé l’ensemble de nos décisions, explique-t-il. Le budget que nous avons alloué à la promotion, d’un montant de 150 000 francs, a été réparti entre différents axes : des spots télévisés (20 %), des campagnes ciblées sur les réseaux sociaux (20 %) et des partenariats stratégiques avec des associations telles que Greenpeace ou le fonds Bruno Manser. » En complément de ces initiatives, plus de 50 avant-premières ont été organisées en Suisse romande pour maximiser la visibilité du film.
Malgré ces efforts, des résultats inattendus sont apparus. « Lors des avant-premières, nous visions principalement les familles, mais les salles étaient surtout remplies d’adultes. Cela reflète l’intérêt pour le travail de Claude Barras, mais cela nous a aussi surpris », commente Mischa Schiwow. De son côté, Nicolas Burlet admet qu’une communication plus centrée sur l’aventure et les émotions des personnages aurait pu mieux capter l’attention.
Sur le plan commercial, « Sauvages » a déjà enregistré en décembre 2024 plus de 30’000 entrées en Suisse romande. À l’international, le film a été bien accueilli par la critique (3,8/5 sur Allociné), mais il a rencontré une concurrence féroce. Des productions comme « Croquettes », malgré des notes critiques inférieures, ont réalisé plus d’entrées. Nicolas Burlet attribue cet écart à un positionnement moins clair et à des choix discutables, comme le titre du film. « “ Sauvages ” est percutant, mais il peut prêter à confusion. Un titre mettant en avant le personnage principal aurait peut-être été plus évocateur. »
“L’aide à la distribution est en constante diminution, et c’est extrêmement problématique”Mischa Schiwow
Les deux professionnels pointent également les lacunes structurelles dans le soutien à la distribution des films suisses. Mischa Schiwow souligne : « Je vais être très clair. L’aide à la distribution est en constante diminution, et c’est extrêmement problématique. D’un côté, on invente de nouvelles mesures d’encouragement, qui ne sont même pas encore éprouvées. De l’autre, on réduit le financement alloué à la distribution. Pour moi, c’est un contresens total. Il faut attribuer un budget significatif à la distribution. Actuellement, cette enveloppe s’élève à seulement 500’000 francs, répartis entre tous les distributeurs et pour l’ensemble des films suisses. » L’équipe reste confiante quant à la suite. La sortie du film en Suisse allemande et italienne, prévue début 2025, pourrait élargir son audience. « Nous espérons que les partenariats locaux, comme celui avec le zoo de Zurich, nous permettront de toucher un public plus large », conclut Nicolas Burlet.