Ah, le streaming.
À qui profite Netflix ?
21 juin 2019
Ah, le streaming... les différents métiers du cinéma entretiennent une relation amour-haine avec cette évolution technologique – ou en tout cas une relation anxieuse. Les plateformes vont-elles tuer les salles de cinéma ou offrir aux plus jeunes un accès abordable à une culture cinématographique? Apporter des opportunités vivifiantes aux auteurs ou casser le complexe système de leurs droits en imposant le copyright à l'américaine? Jouent-elles dans le camp des cinéphiles ou dans celui de la culture de masse? Ces questions en forme d'opposition ont-elles même un sens? A qui profite Netflix?
Contrairement à la réalité virtuelle, qui se développe à son rythme, parallèlement au cinéma et sans en remettre le modèle économique en question, le streaming est impossible à ignorer. Il était grand temps d'y consacrer un numéro détaillé. C'est chose faite, grâce à la collaboration deCultureEnJeuet duJournal de la SSA, qui publient également tout ou partie de ces textes et avec qui nous avons conçu ce dossier spécial. Une première collaboration enrichissante et qui a permis de rassembler nos forces pour tenter une synthèse des enjeux politiques et économiques. Mais aller au-delà de la communication d'entreprise d'un géant aussi secret que Netflix n'est pas une mince affaire: la plateforme elle-même ne s'exprime pas, les demandes d'interview restent lettre morte, les personnes qui collaborent avec la plateforme sont contractuellement tenues à une stricte confidentialité. Nous nous sommes donc aussi intéressés à ses concurrents globaux, aux Suisses et aux Européens qui travaillent avec et autour de la plateforme et aux questions législatives qui émergent enfin.
A l'image de l'Europe, la classe politique suisse projette finalement une taxe, ou du moins une obligation d'investissement, pour les diffuseurs en ligne. Ils seraient ainsi traités comme les télévisions, soumises à cette règle depuis longtemps. Il était temps que le législateur mette de côté son sacro-saint libéralisme pour ouvrir ce dossier, si éminemment culturel qu'il ne peut se résumer à un argument sur la liberté d'entreprise.
À ce stade, rien n'est encore fait, la Loi sur les médias électroniques, dont on pensait qu'elle comprendrait cette mesure, ignore (malgré son nom) la vidéo à la demande. La branche a clairement protesté dans le processus de consultation. Une réponse politique est arrivée: pas de l'OFCOM, mais de l'OFC via le Message Culture. Un signe tout à fait encourageant, mais qui n'ouvrira pas les vannes de cash instantanément. Confronté à une législation de ce type en Allemagne en 2014, Netflix a passé quare ans devant les tribunaux pour tenter de se soustraire à cette loi.
La plateforme a perdu. Peut-être qu'elle ne profitera finalement pas uniquement à elle-même.
Pascaline Sordet