Moins d’État, plus de liberté.
De quoi « No Billag » est-il le nom ?
2 mars 2018
Moins d’État, plus de liberté. La phrase est martelée, répétée, scandée comme une vérité logique par une partie de
la droite de l’échiquier politique. Elle se traduit ces dernières semaines, et pour encore quelques mois, par une
variante contemporaine : supprimer la redevance augmente les libertés individuelles, puisque chacun·e aura la
liberté de ne payer que ce qu’il ou elle consomme.
En profondeur, sous toutes les couches de faux débats
et de rhétorique populiste, c’est de cela qu’il sera question
le 4 mars au moment du vote sur l’initiative « No Billag ».
Les initiant·e·s ont beau répéter jusqu’à la nausée que
leur initiative n’est pas anti-SSR, ce sont bien les détrac-
teur·trice·s du concept même de service public qui sorti-
ront gagnant·e·s si la redevance disparaît. Nous ne votons
pas sur une taxe, contrairement à l’intitulé du texte, mais
sur la privatisation de notre droit à l’information.
Or attaquer le service public n’a rien d’original. Tous
les groupes se réclamant d’une idéologie néolibérale
crient d’une même voix : il faut défaire l’État, déréguler,
laisser le marché prendre sa pleine place, c’est la seule
solution pour préserver les libertés individuelles, puisque
le service public est un racket organisé. Sous le prétexte
de restaurer la liberté, ces groupes cherchent à défaire les
institutions. Ressort alors cette analogie usée : ce combat,
c’est celui de David contre Goliath. Ce même argument
mobilise le petit blanc pauvre au moment de se choisir
un président et lui fait élire un milliardaire qui s’attaque à
son assurance-maladie.
Comme on ne peut pas prendre les initiant·e·s de « No
Billag » pour des anarchistes (qui eux aussi demandent
moins d’État pour plus de liberté), il faut voir que ce n’est
pas moins d’État qu’ils demandent, mais plus de marché. Et c’est ce que nous devons nous demander main-
tenant : à qui profite le crime ? Qui participera à la mise
aux enchères des concessions ? Qui achètera le temps de
cerveau disponible des citoyens ? Qui siphonnera le marché publicitaire ? Qui s’intéressera à produire une offre
peu rentable financièrement, mais branchée directement
dans le salon (ou la poche) des électeurs ?
La consolation vient de la lutte, et il faut juger de notre
importance à l’aune de la violence des attaques. Il nous
faut redire, dans les films, dans les émissions, dans les tribunes, que la liberté, ce n’est pas de payer ce que l’on
consomme, au centime près, égoïstement, mais de maîtriser son destin et de faire société.
Pascaline Sordet