Si la mission éditoriale de Cinébulletin est restée assez constante – informer, fédérer, décrypter les enjeux du secteur –, son identité graphique, elle, n’a cessé de se transformer. À travers ses couvertures, la revue retrace à la fois les métamorphoses du graphisme éditorial et l’évolution du regard porté sur le cinéma en Suisse.
En 1975, la première couverture (1) se distingue par une radicalité : typographie géométrique composée de lignes parallèles, aucune image, mise en page stricte. Le magazine se présente alors comme un outil, un bulletin au sens premier, destiné aux membres de sept associations professionnelles. En 1976, cette austérité persiste (2), mais le titre gagne en dynamisme, presque en mouvement et en relief, grâce aux variations d’épaisseur des lignes, amorçant un glissement vers une identité moins rigide. En 1977, le lettrage se simplifie (3), le texte se déploie plus lisiblement, mais l’image reste absente. Cette sobriété s’inscrit dans la tradition des publications professionnelles de l’époque.
L’image entre en scène
Un tournant s’amorce en 1980 (4), avec l’apparition d’une photographie en couverture : une fillette en mouvement, issue du film « Le Chemin perdu », de Patricia Moraz. En 1981, la photographie s’impose en pleine page. Puis, en 1984, Cinébulletin franchit un cap esthétique (5) : deux silhouettes noires et stylisées marchent sur un pont, sur fond blanc dépouillé. Le jeu sur l’aplat et l’abstraction introduit une dimension narrative et visuelle inédite. Le bandeau incliné « Solothurn 84 » ajoute une tension graphique, rompant avec le statisme des couvertures précédentes. La typographie, plus fine et légèrement inclinée, donne un ton plus confidentiel, allégeant l’ensemble. Au fil des années, le titre se fait plus discret, parfois centré et réduit.
À la fin des années 1990 et au début des années 2000, la mise en page se densifie et se structure. En 1999, les rubriques apparaissent en couverture (6), les titres se colorent, l’identité visuelle gagne en épaisseur. Cette période marque une professionnalisation accrue, alignée sur les codes de la presse magazine.
En 2014, Cinébulletin adopte une esthétique épurée (7) : le sigle « CB » devient un logo affirmé, la photographie grand format s’impose, et le texte se fait minimal. L’image porte désormais l’identité visuelle du magazine. À l’intérieur, le français et l’allemand cohabitent en vis-à-vis, chaque langue occupant son propre côté, selon un principe de retournement.
Les numéros récents (8) confirment l’évolution vers une mise en page structurée : photographie en pleine page, bandeau blanc, titres en rouge. En un demi-siècle, Cinébulletin est passé d’un bulletin informatif à une revue où l’image et l’esthétique occupent une place centrale. Une évolution en phase avec les transformations du paysage médiatique.